Interview de Patrick Ligeron

Interview de Patrick Ligeron, chef de projet référencement chez Adifco et responsable de la commission CESEO au sein de l’association des référenceurs SEO Camp. Cette interview est réalisée par Julie Montenot, journaliste indépendante.

Julie : Bonjour Patrick, pourriez-vous commencer par nous présenter rapidement SEO Camp ?

Patrick : Bonjour Julie. SEO Camp est une association de référenceurs, née officiellement en 2008 sous l’impulsion d’Alexandre Villeneuve, actuel président, et de David Degrelle. Nous souhaitons promouvoir les métiers du référencement et donner de la légitimité à cet environnement encore trop méconnu. Pour cela, nous organisons diverses manifestations un peu partout en France et dans différents pays francophones comme la Belgique, la Suisse, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, et également un événement annuel majeur à Paris, le SEO Camp’us.

Julie : Je crois que vous vous occupez plus particulièrement d’une commission de SEO Camp ?

Patrick : Oui effectivement. La responsabilité de la commission CESEO (certification expert SEO) m’a été confiée depuis avril 2009. Cette commission est chargée de mettre en place un examen, la certification CESEO, qui permet à chaque personne qui le désire, de mettre en avant ses compétences en référencement. Un certain nombre de professionnels éprouvent des difficultés à justifier leur expertise en SEO ; et les employeurs, quant à eux, peinent à identifier les personnes compétentes sur le marché de l’emploi. La certification CESEO a pour ambition de répondre à ces carences

Julie : S’agit-il d’une certification reconnue par l’Etat ?

Patrick : À ce jour, non. Il s’agit d’un processus long et assez complexe. Pour le moment, nous recherchons déjà la reconnaissance de la communauté du référencement. Celle-ci acquise, nous passerons à l’étape suivante qui sera effectivement la recherche d’une reconnaissance légale à la CESEO. N’oublions pas que la CESEO est encore jeune.

Julie : Justement, vous avez mis en ligne un examen blanc qui ne semble pas avoir emporté l’adhésion de tous ?

Patrick : Effectivement. Je pense avoir commis une petite erreur de communication. Je n’aurais pas dû appeler cela “examen blanc” mais “évaluation de la forme de l’examen pratique de la CESEO”. J’ai pensé que l’avertissement sur la page du site serait suffisant, mais beaucoup semblent lire en diagonale. Ce qui, je pense, a suscité autant de questions sur la pertinence du contenu. (NDLR : Cet examen blanc, version bêta, est uniquement destiné à présenter l’examen sur la forme et non pas sur le fond ! Les questions de cet examen blanc ne sont pas celles de l’examen CESEO et ne reflètent pas la teneur de l’examen CESEO). Quoi qu’il en soit, rien ne peut mieux répondre à ces questions que le jugement d’un référenceur ayant lui-même passé l’examen et qui dit, je le cite : “En fait, si une partie des questions sont vraiment difficiles et sur des sujets que peu d’élus connaissent, la majorité des 190 questions concernaient néanmoins le SEO. Quand à la partie pratique, elle n’a pas de quoi faire peur à un référenceur, pas de piège ou de chose très ardue”.

Julie : Pensez-vous que ce commentaire sera suffisant ?

Patrick : Bien évidemment non. Mais il aura au moins le mérite de faire connaître l’avis d’un professionnel qui a passé l’examen avec succès auprès de ceux qui n’ont pas encore osé franchir le cap de l’évaluation.

Julie : Pensez-vous mettre en ligne un examen blanc qui sera le reflet de l’examen CESEO ?

Patrick : Oui absolument. Cela fait d’ailleurs partie des nombreuses demandes que nous avons reçues. Nous travaillons à mettre en place un examen théorique et pratique qui permettrait à chacun de s’évaluer avant de venir passer l’examen CESEO. Mais ce n’est pas un petit travail, nous nous devons d’être irréprochables sur cet examen blanc. Donc il faudra encore patienter encore un peu avant qu’il soit disponible.

Julie : Une date prévue ?

Patrick : Nous envisageons une disponibilité pour la rentrée, dans le pire des cas pour le dernier trimestre 2010.

Julie : Un autre point qui semble faire débat concernant le contenu de l’examen. J’ai pu lire dans certains commentaires, que certains référenceurs ne voyaient pas l’intérêts d’inclure des questions non strictement SEO dans l’examen. Quel est votre avis sur ce point précis ?

Patrick : Je vais essayer de répondre clairement. L’examen CESEO s’adresse à tous. Certains référenceurs sont indépendants et doivent gérer tous les aspects du référencement, d’autres sont en agence et ne s’occupent que d’une partie du référencement, d’autres encore sont “in house” et ne s’occupent, là aussi, que d’un aspect particulier du référencement. Le référencement est un tout, se limiter à l’aspect purement “optimisation” est suicidaire aujourd’hui.

Julie : Pourquoi “suicidaire”, le mot n’est-il pas un peu fort ?

Patrick : Non absolument pas. Les moteurs de recherche évoluent constamment, mais pas seulement. Les clients aussi évoluent, leurs besoins également, sans parler de la concurrence toujours plus importante dans tous les secteurs d’activités des clients des référenceurs. Les référenceurs doivent suivre ! Aujourd’hui, les critères d’optimisation “on page” semblent compter pour environ 15 % dans le poids des algorithmes de positionnement, comme celui de Google. Il est donc indispensable d’aller plus loin. Et c’est ce que nous avons voulu matérialiser dans l’examen CESEO. Un professionnel du référencement doit avoir une culture du Web étendue et ne pas se limiter à la seule SEO. Etant moi-même référenceur, je peux vous garantir être confronté à des problèmes transversaux à la SEO pour presque un client sur deux ! Ne pas prendre en considération ces éléments nous semblait totalement déraisonnable. C’est pourquoi nous avons établi un programme complet pour l’examen CESEO.

Julie : Vous n’avez pas peur d’en demander trop ?

Patrick : Non pas du tout. Si je prends pour référence la licence professionnelle “Référenceur et Rédacteur Web” de l’IUT de Mulhouse, nous allons dans le même sens : conception web, marketing web et communication web.

Julie : Conception web ? Vous voulez dire que pour être référenceur, il faut être développeur web ?

Patrick : Non pas du tout, ce n’est pas le même métier. Cependant, un référenceur professionnel doit-être capable de lire et comprendre le code source des pages, et d’en modifier parfois le contenu pour l’optimiser ou identifier des facteurs bloquants pour le référencement. Pour cela, connaître le HTML, les CSS, avoir des notions de JavaScript et des langages dynamiques est indispensable. C’est pourquoi nous l’évaluons dans l’examen, de façon minoritaire certes, mais nous le faisons.

Julie : Vous abordez également l’hébergement? Ce n’est pas aller trop loin ?

Patrick : Encore une fois, non pas du tout. La compression, les redirections, la gestion du cache et encore de nombreux autres paramètres commencent à avoir de plus en plus d’importance dans les algorithmes des moteurs de recherche. Pour ne pas faire les choses à moitié, un référenceur se doit de se préoccuper de cet aspect de l’optimisation.

Julie : J’ai également pu voir qu’on vous reprochait d’intégrer de l’analytics dans l’examen CESEO. Un commentaire ?

Patrick : Un reproche que je ne comprendrai jamais ! L’analytics permet d’évaluer les résultats d’une prestation de référencement. Comment un professionnel peut-il envisager de ne pas connaître l’effet de son travail ? C’est une aberration. Le suivi du positionnement seul ne suffit pas. Il faut aller beaucoup plus loin dans l’analyse des résultats et seul l’analytics peut le faire. Encore une fois, se priver de l’analytics, c’est se tirer une balle dans le pied. Comment justifier à un client que vous avez réussi à le positionner dans les moteurs de recherche, mais qu’il n’a aucun trafic qualifié ? Il s’agit incontestablement d’une faute professionnelle»

Julie : Il y a également de l’anglais dans votre examen ?

Patrick : Oui. Il s’agit d’anglais purement technique lié au référencement. “My taylor is rich” ce n’est pas nous ! Il est également important pour un référenceur d’exercer directement ou indirectement une activité de veille. Bien qu’il existe de nombreux contributeurs francophones de grande qualité, il n’en reste pas moins vrai que les grandes sources d’informations restent anglophones.

Julie : Etes-vous, vous-même certifié CESEO ?

Patrick (rires) : Non. À ma décharge, j’ai créé environ la moitié des questions et je suis le seul gardien de l’ensemble des éléments de l’examen. Cela ne serait pas très correct vis-à-vis de tout le monde que je passe l’examen.

Julie : Honnêtement, pensez-vous que vous l’auriez obtenu ?

Patrick : J’aime à le croire en tout cas. Quoiqu’il soit quand même de haut niveau.

Julie : On vous reproche aussi d’avoir visé trop haut justement. Qu’en pensez-vous ?

Patrick : Il faut savoir ce que l’on veut. Soit on vise un taux de réussite élevé, soit un niveau d’excellence. SEO Camp a choisi, l’examen CESEO ce n’est pas le baccalauréat. Et puis l’examen n’aurait aucun intérêt, ni valeur, s’il ne demandait pas un minimum d’efforts de préparation pour être obtenu.

Julie : Parlez-nous un peu d’Adifco.

Patrick : J’ai créé cette société en 2003. A l’origine, Adifco ne faisait que du référencement. Aujourd’hui, pour suivre la demande de nos clients, nous faisons également de la conception web, de l’hébergement, de la gestion de contenu et de la gestion de réputation. Mais le cœur de notre activité reste le référencement.

Julie : Que faites vous exactement dans la société ?

Patrick : J’assure la gérance et je suis également chef de projet référencement.

Julie : Il aurait été pertinent que vous puissiez passer l’examen CESEO dans ce cas ?

Patrick : Oui c’est évident. Mais par souci d’équité, j’ai préféré laisser cela à l’un des mes collaborateurs, Victor Vila, qui a réussi l’examen avec brio.

Julie : Quelle est la clientèle d’Adifco ?

Patrick : Notre clientèle cible est centrée sur les TPE/PME. Nous comptons cependant quelques grands groupes parmi nos clients, comme une compagnie aérienne internationale long courrier.

Julie : Sans vouloir entrer dans des confidences, avez-vous subi les effets de la crise économique ?

Patrick : Oui absolument. Je dirais que nous l’avons subie de façon indirecte. Notre clientèle étant exclusivement professionnelle et ayant elle-même moins de chiffre d’affaires, nous en avons nettement ressenti les effets. Bien souvent le budget communication est l’un des premiers à souffrir en cas de crise, ce qui est à mon avis une erreur. Cela laisse le champ libre à ceux qui continuent à communiquer.

Julie : Quelle est votre situation aujourd’hui ?

Patrick : Mieux qu’hier et, on l’espère, moins bien que demain. Honnêtement, cela s’améliore.

Julie : Quelles sont les projets d’Adifco ?

Patrick : Il y a un marché en pleine expansion qu’il nous est interdit de manquer : les mobiles. Avoir internet dans sa poche partout et tout le temps est une évolution majeure de la technologie qui se démocratise de plus en plus. Les comportements commencent à suivre, Adifco fait de même.

Julie : Comment cela se concrétise-t-il pour Adifco ?

Patrick : On en reparlera à la rentrée si vous le voulez bien…

Julie : Vous recrutez ?

Patrick : Nous sommes une toute petite structure. Cependant, nous sommes toujours très intéressés par des profiles atypiques qui pourraient renforcer notre effectif. Et ce quelles que soient les compétences. Nous sommes également toujours ouverts aux demandes de stages de moyenne et longue durée.

Julie : L’appel est lancé. Vous souhaitez ajouter quelque chose pour conclure ?

Patrick : Je dirais simplement que le référencement est un métier passionnant, pour lequel il faut une touche de savoir-faire, un bon esprit d’analyse, le goût du challenge et de la passion. C’est un métier en devenir, très jeune et en perpétuelle évolution. Cela en fait un job passionnant.

6 commentaires pour “Interview de Patrick Ligeron”

  1. Ann dit :

    Et bin ! Y a même une licence pro !

    C’est une bonne initiative ce CESEO mais comment avoir une légitimité si elle est faîte par des référenceurs eux mêmes ?

  2. Patrick dit :

    Bonjour SWCF et merci du commentaire.
    Qui pourrait mieux qu’un référenceur être à même de la faire ? Le cours de médecine sont élaborés et dispensés par des médecins. Les formations professionnels sont dispensées par des professionnels du secteur, pourquoi le fait que la CESEO soit gérée par des professionnels du référencement enlèverait de la légitimité ? Il faudrait que cela soit fait par des professeurs de l’éducation nationale qui n’y entendent rien pour lui donner de la légitimité ?

  3. Labidi Kamel dit :

    Salut Patrick
    Je veux tout d’abords te remercie pour votre interview que je le vois assez important pour moi comme débutant dans ce domaine. J’aimerai bien passer la CESEO et l’obtenir bien sur, est ce que c’est possible? Est ce que c’est important pour moi dans mon pays si je l’obtiendrai un jour?
    J’aimerai aussi que postule des interviews explicatifs dans tous les trucks du domaine
    Merci bien.

  4. Patrick dit :

    Salut,
    oui il sera prochainement possible de passer l’examen en ligne pour les personnes ne résidents pas en France. Pour en savoir plus : CESEO.

    ++

    Patrick

  5. Nicolas dit :

    Je suis assez pour cette CESEO personnellement malgré quelques réticences décrites sur le blog de SEO camp (notamment le QCM polémique).

    Toutefois il est clair que avoir un système de VAE assuré et une durée dans le temps de la certif serait un plus, pour le moment je sais que c’est un flou artistique dû à la nouveauté de la proposition.

    Néanmoins, j’émets toujours encore quelques réserves, si cela peut en rassurer certains, j’émets encore plus de réserve sur la licence pro ;)

  6. Patrick dit :

    Merci pour ce commentaire Nicolas. Il est vrai que tout ceci est jeune et doit acquérir plus de maturité. On travaille dans ce sens et toutes les idées et les bonnes volontés sont les bienvenues.

    ++

    Patrick

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